• Centenaire du 11 novembre - Lettre de Louis

    Centenaire du 11 novembre - Lettre de Louis

    "Le 3 décembre 1915 - 9h                                         

    Chère Maman

    Nous voilà enfin arrivés au repos, mais toute ma vie je me rappellerai cette période en première ligne.

     

    Tout d’abord je m’excuse de ne pas avoir écrit régulièrement mais dans l’état où j’étais, je n’avais ni le goût ni le courage d’écrire.

    Dans le secteur que nous tenions, nous étions à une quarantaine de mètres des Allemands. Il faisait des nuits noires accompagnées de pluies les trois derniers jours, tu nous vois d’ici les pieds et les jambes dans la boue. Heureusement, j’étais assez couvert et je n’ai pas eu froid.

    Les nuits sont longues maintenant, de 17h à 7h ½, il nous faut être aux créneaux, et le reste du temps pendant qu’il fait jour 10 heures, il nous faut veiller, il nous faut manger, il nous faut remonter la tranchée qui s’effondrait continuellement à cause de l’humidité, enfin on n’avait pas un moment pour se reposer.

    Centenaire du 11 novembre - Lettre de Louis

    Louis avec Marie-Louise et Marguerite, deux de ses sœurs

    Le deuxième jour, mon sac et toutes mes affaires ont été enterrés dans le trou où je les avais mis à l’abri, et il m’a fallu longtemps pour dégager le tout, j’ai retrouvé mon passe-montagne dans un état de saleté repoussante, vous pourrez donc m’en envoyer un autre quand vous voudrez.

    Mais il y a une corvée que j’ai gardé pour la bonne bouche, c’est la corvée de soupe à laquelle il nous faut aller  deux fois par relève. Il nous faut patauger dans la boue, et tu peux croire qu’il y en a quelques centimètres, et notre charge est assez grande : 5 ou 6 bidons de vin, 4 pains, 2 marmites. Ah quel supplice, on arrive à la tranchée vannés, esquintés.

    Ceux qui n’ont pas goûté à tout cela ne peuvent s’imaginer ce que l’on souffre dans ces tranchées. Si un général y passait une fois, il signerait la paix immédiatement, car il est inadmissible de souffrir tant pour arriver à quoi – on n’en sait rien.

    Centenaire du 11 novembre - Lettre de Louis

    Louis G. avec deux de ses sœurs : Alice (debout) et Lucie (assise)

    J’en arrive à la relève d’hier soir. Il avait plu toute la journée comme d’habitude, les boyaux étaient remplis de boue, il faisait noir à tel point que l’on ne voyait pas à 2 mètres devant soi. On était chargé comme des mulets : équipement avec 120 cartouches, 1 bidon, 2 musettes, le sac sur lequel était la toile de tente et la couverture toutes mouillées, et le fusil.

    Nous avons quitté la tranchée à 8 h et pour faire les 4 km de boyaux il nous a fallu deux bonnes heures !

    Ce petit voyage est inoubliable pour ceux qui l’ont fait, on entrait dans la boue jusqu’aux genoux, et à chaque pas on se demandait si l’on n’allait pas y rester, et c’est à juste titre puisque l’on nous a dit que deux soldats d’une autre compagnie avaient été enterrés dans cette boue, leurs camarades ne voyant pas clair leur ayant marché dessus, et quand on les a relevés, il était trop tard, tu vois si c’est abominable la guerre sans parler des obus et des balles, et des bombes qui ne s’arrêtent pas pour cela.

    Enfin une fois sortis des boyaux, il nous a encore fallu faire 11 km pour venir ici.

    Centenaire du 11 novembre - Lettre de Louis

    Louis avec sa mère Cécile D. (assise) et Marie Louise, Marguerite et Alice (3 de ses sœurs)

    Oh quelle vie nous menons ma pauvre maman. Si nos chefs suprêmes en avaient une idée exacte, nous ne serions plus en guerre. Une fois arrivés à notre cantonnement, notre premier travail a été de nous coucher, nous étions tous exténués, et impossible d’en faire plus. Vers 9h1/2, je me suis réveillé, et j’ai été chercher du lait. Je me suis fait du chocolat, ce qui m’a remis un peu d’aplomb.

    Je n’ai pas encore touché à mes affaires qui sont couvertes de boue, surtout la capote qui faisait près du triple de son poids à cause de l’humidité et de la boue. Elle sèche, et j’attends.

    J’ai bien reçu les deux paquets. Je te remercie en bloc de toutes tes bontés dont j’ai profité à la chambrée de mon mieux. Seules les chaussettes sont trop petites, et je ne les crois pas commodes. Je te les renverrai prochainement.

    J’ai bien reçu les lettres d’Alice 26, Maman 27, Lucie 28. Merci des articles de la Sarthe où j’ai  vu les progrès de mes élèves sportifs du lycée. Rien du cousin L. Mais j’ai reçu des nouvelles de Céline. Et une longue lettre de Mme G. que je compte remercier prochainement tant sa lettre était bonne et m’a fait du bien en de si durs moments.

    Je vais passer ici une semaine chrétienne et je puiserai là du courage, car il en faut pour supporter toutes nos souffrances.

    Bons baisers de votre cher Louis qui passe des moments bien durs.

    Louis G."

     

    * * * * *

     

    Note de Chatdesîles : Louis G. est notre grand-oncle du côté maternel.

    "Aristide Louis G : ... gradé d'un courage et d'un sang froid au dessus de tout éloge. S'est élancé un des premiers à l'assaut du Mont Blond, le 17 avril 1917, et a été grièvement blessé ... Mort pour la France le 23 avril 1917 des suites de ses glorieuses blessures à l'âge de 22 ans"

    « Un message de ColibriMerci Colibri, merci pour tout ... »

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  • Commentaires

    1
    Claudie
    Samedi 10 Novembre à 17:20

    Mon Papa S Appelait Louis Aussi 

    Chére Chatdesîles Je Pleure Les Victimes de Ces guerres absurdes                                               Je Rêve d Un Monde En Paix  

    2
    Samedi 10 Novembre à 17:32

    beaucoup d'émotion à la lecture de cette lettre que tant de poilus ont aussi ecrit dans les descriptions de leur quotidien , ou ont  racontés , quand ils sont revenus .....Ils parlaient de leur vie dans les tranchées, le quotidien ,mais devenaient  muets sur les combats.....Sans doute parce que c'était plus facile à partager , à faire imaginer le quotidien  .

    Mais comment imaginer leur vie dans de telles conditions ?

     

    Merci Chatdesîles pour ce magnifique et poignant témoignage .

    Merci de laisser trace .

    Douces pensées à Colibri et Eowin    

    3
    Isabelle75
    Samedi 10 Novembre à 17:46

    Chère ChatdesÎles, 

    la lettre de votre grand oncle Louis est bouleversante. Quel témoignage de la stupidité, de l'horreur des guerres !

    Récemment, j'ai fait un test d'ADN, dans le but de connaître le plus précisément possible mes origines ethniques. Je suis écossaise à 36/100, ibère à 28,6/100, grecque à 17,5/100, italienne à 13/100 et juive ashkénaze à 4,9/100. Je suis donc, comme chacun d'entre nous, un mélange de diverses origines. Comment pouvons-nous faire le guerre à nos frères, nos cousins, nos voisins ? Tout le monde devrait faire ce test, et réfléchir à tout ce que ces conclusions impliquent.

    Une grande pensée, pleine de compassion, pour tous les combattants, morts au combat ou non.

    Merci pour ce billet plein d'humanité.

    Isabelle

    4
    Samedi 10 Novembre à 17:56

    Je crois que tout est dit dans ces mots

    L'absurdité de la guerre, de cette guerre, de toutes les guerres

    La souffrance, la peur, l'indescriptible

    C'et émouvant comme toutes les lettres des ces malheureux envoyés dans cette boucherie

    De condition modeste pour beaucoup, ils ont su trouver les mots, des mots souvent aussi forts que ceux d'un écrivain ou d'un poète.

    Leurs vies ont été gâchées, détruites, réduites à néants, des familles ont été brisées.

    Pour qui, pour quoi, des délires de "puissants", des profits financiers.

    C'est pour ne jamais oublier cela que nous ne devons pas les oublier. Jamais.

    Et réfléchir à notre mode actuel.

    Merci pour ce superbe message.

    5
    Samedi 10 Novembre à 18:15
    Dani et ses Chats

    Bonsoir Chat des Iles.

    Lettre très émouvante de ton grand-oncle.

    Je n'ai pas de courrier de mon grand-père paternel, quel dommage.

    Il a été tué en 14, Louis Honoré était son prénom.

    Mon père avait 2 ans.

    Lui et sa soeur étaient pupilles de la nation.

    Ma grand-mère est restée veuve et vêtue de noir toute sa vie.

    Bises.

    Pensées pour Eowin et Colibri ♥ ♥

     

    6
    Denise M.
    Samedi 10 Novembre à 18:18

    Merci pour ce beau message en souvenir de Louis G. et de tous les autres qui ont perdu la vie ou ont survécu, parfois avec de lourdes séquelles à cette guerre effroyable. 

    Que plus jamais aucune guerre n'ait lieu, nulle part sur terre ! C'est un voeu tout à fait utopique puisque, aujourd'hui encore, on se bat au Moyen-Orient et dans différentes parties du globe. 

    Je pense aussi à cette renaissance du nationalisme dû à la peur du réfugié. Et je pense à cette guerre de 14-18 pendant laquelle, pendant que mon grand-père était au front, ma grand-mère et son fils de 4 ans en 1914 ont trouvé refuge aux Pays-Bas, pays qui a pu rester neutre. S'ils n'avaient pas trouvé de refuge, qu'auraient-ils eu à subir? Auraient-ils survécus ? 

    Ici on fait un procès à ceux qui aident les réfugiés à trouver un toit pour la nuit. Nos politiciens font tout pour surfer sur la vague de rejet de l'autre, alors qu'il faudrait tout faire pour instaurer une fraternité universelle ! 

    Encore merci pour ce beau message d'humanité. 

     

    7
    Samedi 10 Novembre à 18:31

    Bonsoir Chat des îles et mes Pachats-anges ,,, 

    Une lettre très émouvante qui d'écrit bien l'horreur de cette guerre ,,, Tonton Louis et les soldats de cette guerre ont été bien courageux pour sauver la France ,,, En espérant que cela ne se reproduise plus jamais ,,, et qu'un jour la paix soit dans le monde entier ,,, Mais ça c''' pas gagné ,,, 

    Chat des îles douce et belle soirée ,,, pensées pour les minous ,,, bisous bisous,,, 

    la mure brode 

    8
    Danielle =^.^=
    Samedi 10 Novembre à 18:41

    Merci pour ce témoignage touchant.

    Pour 14-18 je ne sais rien concernant ma famille.

    Pour 39-45 mort de mon grand-père paternel des suites de ses blessures sur le front, non soignées lors de l'expulsion de la famille ....

    Demain j'irai à la cérémonie d'inauguration du monument aux morts restauré et l' ajout des noms ... Pierre S. "mort pour la France" c'est écrit sur la pierre tombale ...

     

    Comme l'écrivait Louis G., si ceux qui " décident" participaient vraiment et savaient de quoi il retourne ...

    9
    Samedi 10 Novembre à 19:50
    Prunelle

    quelle horreur...quel gâchis ... mort si jeune ... En maman de fils de cet âge je me mets à la place de cette maman, ça devait être une torture pour elle de savoir tout ce que vivait son enfant... 

    Ils ont été si courageux tous ces jeunes hommes qui se sont battus pour nous, nous leur devons une telle reconnaissance ! 

     

    10
    Dimanche 11 Novembre à 02:11
    Émouvant témoignage ! Encore plus quand on lit que cet homme - comme tant d’autres hélas ! est mort très jeune durant cette guerre terrible !
    Comme ils méritent qu’on leur rende hommage tous ces hommes dont une grande partie de tous jeunes ! Que jamais on oublie comme l’air du temps semble le laisser penser ! Que serions-nous devenus sans eux ?! La moindre chose que l’on puisse faire pour eux c’est bien de se souvenir ; devoir de mémoire !
    Ce n’est pas pour ça que l’on ne peut pas souhaiter la Paix ! Bien au contraire !
    Dans ma famille maternelle je sais que mon grand-père est allé faire cette guerre, ma grand-mère restant seule en Bretagne avec déjà 3 enfants !
    Combien de femmes ds ce cas !!! Maman avait deux ans !
    Merci ChatdesIles pour cet émouvant partage.
    Union de pensée en ce jour de mémoire !
    Nicole75
    Puisse la Paix régner sur la Terre de façon durable.... alors qu’en fait il y a toujours des guerres ds tous les Pays.
    11
    Dimanche 11 Novembre à 10:30

    Cette lettre est poignante et dit mieux que les longs discours politiques toute l'horreur de cette boucherie, toutes les souffrances de ces pauvres hommes.  Toutes mes pensées attristées en ce jour de commémoration.

    le désir de voir les guerres abolies semble être un vœu pieu et dans les pays comme le nôtre qui sont en paix , c'est le rejet de ceux qui fuient leur pays en guerre . Je suis terriblement pessimiste quant à l'espoir d'une Humanité fraternelle.

     

    12
    Dimanche 11 Novembre à 11:32

    Un émouvant témoignage !

    Une pensée pour tous ces jeunes gens morts dans cette absurdité de guerre.

    Mon grand-père maternel a eu la chance d'en revenir.

    Bon dimanche, bisous

    13
    Colombe
    Dimanche 11 Novembre à 13:00

    C'est beau d'avoir fait une place à cette lettre de famille, ce témoignage, ces photos.

    C'est un petit moment de l'Histoire,

    et aussi une douce attention aux proches que nous avons connus...

      • Lundi 12 Novembre à 12:16

        Oui merci ...
        En effet nous avons connu Alice, Lucie, Marie-Louise et Marguerite ... Cela me fait plaisir de voir ces photos ici dans ce blog ... Et cette lettre de Louis descriptive et pleine de détails est très touchante par son humanité.


        Chose extraordinaire, Eowin et Colibri ont envoyé deux plumes duvets pour signifier leur accord  ... une plume assez petite un peu grise et une toute blanche encore plus petite petite ... trouvées juste devant la porte en sortant, alors que j'étais sur le point de décider de publier la lettre dans leur blog ...

         

    14
    Dimanche 11 Novembre à 13:32

    Lettre très émouvante ! Que de souffrances dans ces tranchées !

    Abominable guerre !!

    Bisous ronronnants

    15
    Dimanche 11 Novembre à 15:49
    Renee

    Une lettre poignante...on ne sait que dire après. Bisousss

    16
    Dimanche 11 Novembre à 17:42

    C’est intense et un bel hommage

    17
    Dimanche 11 Novembre à 22:15
    Sharon et Nunzi

    Bonsoir

    Merci beaucoup pour le partage.

    Un bel hommage.

    18
    maîtresse Poupette
    Lundi 12 Novembre à 01:30

    Une très belle lettre. C'est triste qu'il soit mort si jeune, " de ses glorieuses blessures. " 

    Pensées à Eowin et Colibri

    19
    Lundi 12 Novembre à 10:24

    Mon Dieu quelle horreur. Une si jeune vie gâchée par les abominations de la guerre. Pauvre jeune homme. Pauvres hommes, arrachés à leurs familles et jetés vivants dans l'enfer de la boue et de l'épuisement. C'est là le témoignage le plus prenant que j'ai jamais lu, et qui rend précisément compte des souffrances que ces pauvres soldats ont endurées ... pour quoi. Pour quoi souffre-t-on et meurt-on dans d'aussi horribles circonstances et conditions, au nom de quoi. Vous avez bien fait de la publier, car nous ne pouvons pas, nous, nous faire une idée exacte de ce qu'étaient les tranchées. Le plus horrifiant je crois ce sont ces hommes tombés dans la boue par une nuit si noire que leurs camarades les y ont enterrés en leur marchant sur le corps. C'est inimaginable. Tout ce qu'on peut espérer c'est qu'il n'y ait plus de guerre, et qu'on ne nous prenne plus nos jeunes hommes pour la faire. Merci Chatdesîles pour cette lettre-hommage, et bien sûr une pensée pour Eowin et Colibri qui sont ensemble au Pays de l'Ar-en-Ciel ♥♥♥.

    20
    Mercredi 14 Novembre à 15:33

    Ce récit est très émouvant. Ces soldats ont combattu dans des conditions atroces et beaucoup sont morts très jeunes comme ton grand-oncle.

    21
    Jeudi 15 Novembre à 20:22
    Dani et ses Chats

    Eowin et Colibri étaient de gentils chats,

    ils ne pouvaient que donner leur accord pour cette publication émouvante.

    Bisous ♥

     

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